06.08.2008

The Great Happiness Space

Un autre bon documentaire sur une forme de prostitution : The Great happiness space (2006) de Jake Clennell. Ca se passe à Osaka, ils sont jeunes, beaux ou drôles ou sympas ou charismatiques ou tout ça à la fois, leur métier : Host. Ils tentent de faire passer du bon temps (discuter, boire, rigoler, chanter) à des femmes en manque d'affection, dans des clubs spécialisés contre rémunération. Ils repoussent un maximum l'échéance de la relation sexuelle car souvent elle est synonyme de la fin d'une relation commerciale privilégiée entre eux et leurs clientes. Ils tombent parfois amoureux, ils sont malades à force de s'alcooliser jusqu'à l'extrême, ils mentent pour les garder, et elles, ne sont pas aussi naïves qu'elles le paraissent. Comme si ce n'était pas assez : certaines des jeunes femmes font appel à leur service se prostituent même pour pouvoir reverser de l'argent à leur host(s) préféré(s). Un jeu bizarre de séduction monnayée où l'on ressent, derrière les sourires, de la tristesse et du désespoir. Raffinement paroxystique de la société de consommation. Des coupes de cheveux, aussi.

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Histoire du Japon racontée par des prostitué(e)s -suite- : La Berceuse de la grande terre, Derrière le rideau de Fusuma, Senso daughters, Yokohama Mary, Les Femmes de la nuit, Karayuki-san, Zegen, La Rue de la joie, The Great happiness space,... à suivre.

19.06.2008

Comfort women

Les films sur les prostituées me rendent triste. Certains sont sublimes.


J'adore Les Femmes de la nuit - Yoru no onnatachi (1948) de Mizoguchi, merveille de cruauté, de violence, de beauté, pauvres âmes errantes dans Osaka dévasté après-guerre. On connait l'histoire de Kenji, celle de sa soeur. J'adore La Berceuse de la Grande terre - Daichi no komoriuta (1976) de Masumura qui m'est apparu comme une sorte d'hommage en fin de course, retour à ses débuts, il l'assistait, à Mizoguchi -il y a d'ailleurs Kinuyo Tanaka dans un petit rôle- itinéraire d'une paysanne arrachée à sa terre et dévoyée dans un bordel sur une île et qui se révolte, avec des côtés Imamuriens pour le terroir, le Japon cru. J'aime moins Zegen (1987) de Imamura, bien paillard, bien vulgos, sur un tenancier patriote de maisons closes. J'adore par contre ses documentaires réalisés pour la T.V. comme Karayuki-san (1975), Japonaises traînées de force pour servir de putes en Chine pour l'armée impériale.

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Je repensais à tout ça lorsque j'ai vu récemment le documentaire de Noriko Sekiguchi, Senso no onnatachi (1989), tombé lui aussi presque par hasard entre mes mains, portant sur les "Comfort Women" (euphémisme gerbant), prostituées de gré ou de force, venant de toute l'Asie et finissant dans un bordel, ici, en Papouasie Nouvelle Guinée, servant d'esclaves sexuelles aux militaires. Noriko Sekiguchi donne la parole aux témoins, notamment aux femmes du pays qui ont, elles aussi, ramassées, et essaie de retracer leur histoire, histoire rayée de la mémoire officielle.
 
Une image, une photo me hante. La photo d'une femme au fond d'une cale de navire. Là, reléguées comme des marchandises, là où, si le bateau coule, - ne pas en réchapper. La réalisatrice n'a apparemment pas fait beaucoup de films par la suite.