23.10.2007
Pensionnat des jeunes filles perverses (1973) de Norifumi Suzuki
Pinky Violence. De l'action, du sexe, des femmes. Telle est la politique qu'a mise en place le producteur de la Toei, Kanji Amao, en complément des films de yakuzas à la Takakura pour les doubles programmes des salles japonaises. De nouvelles têtes d'affiches dénudées apparaissent. Parmi elles, les deux plus célèbres, Miki Sugimoto et Reiko Ike, présentes ici aussi pour le bonheur des yeux. Souvent forcés, certains réalisateurs en profitèrent pour les subvertir et inclure de féroces propos anti-autoritaires. Pensionnat des jeunes filles perverses ne fait pas exception bien au contraire et dépasse en démesure les trois autres épisodes de la série.

Scène de torture dès l'ouverture, histoire de donner le ton : à l'uniforme de la lycéenne viennent se superposées la seringue et le sang, musicalement accompagnées par une musique très free-jazz. Baroque, tendant systématiquement vers la surenchère, tout est bon pour pousser le spectateur dans ses retranchements, le tétaniser et a priori aussi, l'exciter. Après une décennie de films de yakuzas et d'érotisme, on a l'impression que ce cinéma là ne sait plus quoi inventer pour attirer le public dans les salles, de plus en plus vidées par la télévision.
Vices et sévices. L'intérêt de Pensionnat des jeunes filles perverses (avec ce titre français, on croirait lire le bel index de la Saison Cinématographique...), en dehors de ces scènes de récréations toutes les deux minutes, scènes qui rivalisent en créativité, c'est qu'il va a au bout des genres dont il est issu. En outre, il apparaît comme une puissante diatribe féministe teintée de nihilisme.
Avilies et maltraitées, ces demoiselles là n'en résistent pas moins et finissent par vaincre la plupart des hommes. Finies les souriantes tapisseries des films de chevalerie des années 60 : désormais, elles sont furieuses. Elles vont dynamiter la bureaucratie et la dynastie du mâle dominant : du flic, sale flic pourri corrompu, au prof, arriviste faux-cul, jusqu'au responsable politique de la pire espèce (-excellent Nobuo Kaneko, j'adore cet acteur-). Sous les costumes, beaucoup sont des obsédés sexuels. Et ils tentent de faire croire le contraire. Avec elles, finie l'hypocrisie !
En recherchant les responsables du meurtre, les trois nouvelles du lycée, avec à leur tête la rebelle Noriko (Miki Sugimoto), recourent à des méthodes pas très catholiques (en dépit de la suzukienne croix qu'arbore l'héroïne...). Le soi-disant journaliste (le sémillant Tsunehiko Watase, petit frère de Tetsuya Watari) qui les aide, lui aussi n'a rien de bien vertueux. Preuve que personne n'est véritablement innocent, et que l'espoir, dans le Japon des années 70 n'est plus vraiment de mise. Suzuki va même jusqu'à brûler le drapeau japonais (ou s'en servir pour les couleurs d'un stimulateur...) comme l'aurait fait Oshima et tout faire exploser ! Seule compte la révolte sexuelle et son illustration barrée.
Suzuki joue sur de nombreux registres. Il passe aisément d'une expression à une autre. Douleurs sadiques souvent, les femmes souffrent, molestées, variations comiques aussi sur les hommes qui se font piégés au love-hotel ou dans la salle de classe, intensités dramatiques encore avec le viol d'une naïve innocente. De thématiques somme toute assez classiques : gros plans zoomant sur les culottes, tripottage de poitrines sous la douche, pipi en public, visages en jouissance, Suzuki sait se montrer efficace et déstabilisant dans sa mise en scène, autant capable de fulgurances esthétiques, que de prises de distance burlesques et de références obscènes de vulgaire tortionnaire. En témoigne sur ce dernier point, l'utilisation de l'électricité, méthode de l'armée américaine au Vietnam.
Finalement, sa difformité ne rend ce Pensionnat des jeunes filles perverses que plus séduisant, rythmé par une super bande-son funky jazz signée Masao Yagi, coincé entre le film d'exploitation à bout de souffle et le cri politique désespéré mais décomplexé, bref, à des années lumières de la raideur cérébrale de notre cinéma national à la même période.


