20.02.2008

Masaaki Yuasa

Ce cher Michel et ce cher festival d'animation du Val d'Oise nous ont fait l'amitié de photographier Masaaki Yuasa et de faire dédicacer programme et affiche du festival par ce génial artiste. Il était venu à Paris présenter son travail, Mind Game surtout, et des films qui lui plaisaient, cette fois dans le cadre des Jeudis de l'anim' organisés par le Forum des Images.

Dans l'équipe nous sommes toujours aussi surpris par le talent de certains réalisateurs autant que par l'absence de sortie en France de leurs films. C'est toujours curieux quand on voit la foison de grosses merdes qui sortent chaque semaine. Mais peut-être nous trompons nous sur la qualité de ces films ? Mind Game, non en tout cas c'est sûr, non et non ! On en est, comme dirait l'autre, intimement, tous convaincus. Et nous ne sommes pas les seuls !

 
Super bouille, non ? 

 

 

13.01.2008

Mind game

Les critiques, du moins les chroniques, enfin les commentaires, c'est un peu comme le cassoulet ou le gratin dauphinois, c'est meilleur, réchauffé... A part ça, il est un immense réalisateur qui vient nous rendre visite sous peu en France : Monsieur Masaaki Yuasa. Mind game donc, chef d'oeuvre du cinématographe, loin de toute politique des roteurs en hauteur institution de combat ah ah.


 

A l'origine de cet ovni, le manga en 3 tomes pas traduit en français de Robin Nishi, le studio 4°C (usine à talents depuis 1986) et le réalisateur Masaaki Yuasa (à qui l'on doit le déjanté Nekojiru-so). L'animation japonaise n'a pas fini de nous surprendre : Mind Game en est un exemple stupéfiant. Cadavre exquis bien vivant, à l'énergie folle et transmissible, le film fonctionne sur l'association anarchique d'idées de toute sorte, transposée à l'écran par une virtuosité sans égale. La liberté graphique avec laquelle les séquences se succèdent sidère : 2D, 3D, peinture, photo, collage, croquis réalistes léchés, traits rapides à l'envolée représentent les événements présents et passés d'une relation amoureuse, rêvée ou vécue, transcendée en tout cas, à chaque seconde.

Cette histoire, c'est celle de Nishi et de Myon. Nishi est un pur loser depuis son enfance éperdument amoureux de Myon et des voluptueux pamplemousses qui lui servent de nichons. Elle va se marier, il veut l'en empêcher : ils vont manger des yakitoris pour en discuter. Outre des yakuzas, une balle dans le cul attends Nishi à l'intérieur. Tout le monde disjoncte, les couleurs explosent, les poursuites s'enchaînent à toute allure ; Mind Game, bolide filmique, plutôt que de s'éclater la tronche contre une rambarde, jaillit dans toutes les directions jusqu'à nous laisser sans voix après ces danses courses folles.

A chaque instant, éblouissement, Mind Game libère son énergie et repousse les limites formelles de l'animation. Un bon gros coup de marteau à la fiction traditionnelle trop molle, aussi. De toute beauté, les décors sont fondus, triturés, tordus à l'extrême. Correspondance avec les lumières ternes de la ville, pluvieuse et grise, et contraste saisissant avec son apparente monotonie.

Sublime est le trait, s'adaptant aux courbes des corps qui l'exigent, en rondeur délicate lorsque est évoquée la femme aimée. Tortueux, démesuré et effrayant de laideur, envahissant tous les bords du cadre s'il s'agit d'un yakuza en rage. Yuasa utilise des angles d'attaque de malade, en tension maximale. Au restaurant, les esprits s'échauffent. Les rouges sanglants balaient soudainement les verts sereins et les jaunes chauds des discussions animées, mais conviviales, de la famille. Teintes et expressions confèrent des ambiances uniques à l'ensemble, rançon d'un travail finement exécuté qui recourt aussi à la palette des sensations : gros plan sur le verre et vue sur les bulles de la bière que l'on va boire, la vapeur de cuisson qui s'échappe derrière le comptoir.

La rêverie névrotique reprend le dessus et nous submerge de sons, de couleurs, de visions fugaces, burlesques, coulantes, caleçon à fleur, porte en couleur, tête violette, musique et trompette, veste rouge, enchaînant les situations qui rivalisent en surréalisme. Avec une musique d'ambiance parfaite pour l'occasion.

Pas que ça à faire, d'autres électrochocs nous attendent : des séquences d'action survoltées, des rondes et ballets pop, épreuves sportives avec dinosaures rose et jaune volants et autres body-tits painting. A un rythme endiablé, le film part en vrille, vrombit, éclate en un feu d'artifice hallucinogène, qui trouve même le temps de poser quelques questions sur notre condition humaine. Le tout, comme si cela ne suffisait pas, avec drôlerie et tendresse.

Bref, si ton cerveau en a marre de la soupe qu'on lui propose, procures-toi cher ami, cette enthousiasmante merveille visuelle !