17.11.2007
Sister Street Fighter (1974) de Kazuhiko Yamaguchi
J'ai un faible pour ce film et pour Etsuko Shiomi. Hk l'a sorti en dvd.

Traditionnellement, la femme japonaise n'est pas reconnue pour être une farouche guerrière, c'est le moins qu'on puisse dire. Le cinéma a tout naturellement et largement véhiculé cette image de femme soumise dans les films d'exploitation destinés aux jeunes mâles. En général, elles se sont contentées d'être les contrepoints gracieux et silencieux des rôles masculins virils notamment dans les films de yakuzas. Une femme qui se bat, c'est moche.
i cette formule facile était applicable aux années 50, le milieu des années 60, sous l'influence de la télévision, va voir éclore quelques exemples de femmes déterminées et n'hésitant pas à faire appel à la violence. De grandes stars naîtront de ce mouvement de rénovation, notamment Junko Fuji, redoutable et ravissante joueuse de la Pivoine Rouge (1968). Toujours inspirée des programmes télévisés, cette tendance à parfumer de sang les jeunes femmes se développera dans les films de gang des années 70, où pour corser la chose on les verra de plus en plus dénudées.
Etsuko Shiomi n'est jamais nue, par contre, mais qu'est-ce qu'elle castagne. Fan avant d'être disciple de Sonny Chiba et membre active du Japan Action Club (organisation visant à fournir en artistes martiaux compétents, les plateaux de tournage), Etsuko est la première et seule à l'époque des actrices expertes dans le domaine. De par ces compétences, la société de production Toei décide de lui offrir une série en tête d'affiche, Sister Street Fighter (3 ou 4 épisodes selon les sources de 1974 à 1976) la même année que son "frère."
Si son personnage s'en inspire et qu'elle vient dans le film de la terre nourricière chinoise, Kôryû (Etsuko Shiomi) n'a rien à envier aux belles et sérieuses combattantes hongkongaises. Elle se rend au Japon pour rechercher son frère disparu enquêtant sur un trafic de drogue. Kôryû est confrontée à une horde de guerriers experts en arts martiaux. Soutenue par une école locale de Shorinji Kempo, elle va partir à l'assaut de la villa high-tech du baron à leur tête, voulant extirper son frère des expérimentations chimiques qu'il lui fait subir.
Le générique laisse augurer toute l'énergie et la beauté de l'action au féminin. Kata sur fond rouge puis exercice en bleu, image reflétée par les miroirs. Kazuhiko Yamaguchi délaisse les explications du drame pour vite se confronter à l'action pure et débordante, ne laissant que peu de temps au spectateur pour qu'il reprenne son souffle. La Toei nous réserve ses ingrédients habituels : touche comique (au menu : brochette de mouche dans ta bouche), pincée d'érotisme (ah ! les scènes de bar ; ah ! les scènes de fouet de la Toei !), gore à vous en expurger les organes (la caméra se fait repeindre en rouge), mais surtout revenons-y, à l'action ! Du planter de cure-dent au lancer de fourchette, en passant par la faucille (que les puristes me pardonnent), à la voltige en rythme des membres et des corps, elle ne trouve aucun repos.
Dans la rue, sur la côte, dans une usine désaffectée, Kôryû fracasse des combattants très variés. Elle, actrice de finesse et de puissance à la silhouette longiligne. Eux, de vraies crevures, sales gueules, comme seule la Toei sait en caster. Le chef : un baron de la drogue mélomane, lunettes de soleil vissées sur le nez, admirateur des arts martiaux et collectionnant les combattants comme des œuvres d'art. Dans sa villa, une karatéka championne australienne côtoie de minis boxeuses thaïes et une cohorte colorée de meilleurs dans leur discipline de la planète.
L'appréciable, c'est que le réalisateur laisse leur chance à cet amoncellement de seconds rôles. Il les accumule jusqu'à saturer le film, à encombrer le cadre, et les envoient succomber sous les coups de pieds de l'héroïne. Côté gentil, Sonny Chiba en devient même moins pénible à voir, moins grimaçant ; une élégance certaine se dégage de ses mouvements. Bon d'accord, il n'évite pas les entrées un peu désuètes à la Takakura, - au moment où on ne l'attends pas, il ouvre une porte et va liquider l'assemblée. Il y a aussi son ennemi intime, toujours aussi grotesque dans sa constipation faciale, pour nous briser les orteils.
Ces réserves étant faites, il faut bien reconnaître que l'artisanat complet, le spectaculaire assumé de la Toei est séduisant. Des éclats d'ingéniosité viennent transpercés le récit, pousser à fond le moteur ; la réalisation est foutraque mais soignée, privilégiant une dynamique de zooms, de recadrages de toutes sortes, étrangement plaisants. Les angles sont extrêmes, ça penche, ça se tord ; le montage incisif, les couleurs lumineuses mettent en valeur l'entière vivacité des combats.
Entre un scénario honorable, soutenus par des orfèvres à chacun des postes, du costumier au directeur de casting, le score nickel et l'anarchisme de la mise en scène, excessive, baroque et convaincante, tout concourt à faire de cette Sister Street Fighter, une reine de la casse et un film qui tabasse.
08:56 Publié dans Articles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma japonais, Kazuhiko Yamaguchi, Onna hissatsu ken, Sister Street Fighter, Etsuko Shiomi


