25.10.2007
En suivant ces soldats qui ne sont pas revenus : la Thaïlande (1971) de Shohei Imamura
Après la Malaisie, la Thaïlande, où Imamura donne la parole à trois anciens soldats, trois symboles du petit peuple qui a véritablement combattu sur le front, pas de ces donneurs d'ordre qui font et écrivent l'histoire et la teintent de gloriole. Un agriculteur, et deux autres de ses collègues devenus médecins discutent et exposent leur manière de voir, en se disant franchement les choses.

Avec une rare humanité, une distance qui épouse les visages et leurs expressions, nous est exposée la nature même de la boucherie, sa presque simplicité. Ou comment des hommes normaux, pas meurtriers a priori en viennent à passer à la mitrailleuse, femmes et enfants, parviennent à couper des têtes, réussissent à plonger 30000 personnes au creux d'une fosse en béton et à les asperger d'essence, et vont jusqu'à charger des bébés dans des canons. Et comment ils vivent aujourd'hui, avec cela sur la conscience.
Comme d'habitude, ils avaient peur de cette salope de hiérarchie, peur d'être tués à leur tour s'ils se refusaient à exécuter les ordres. La force d'Imamura est de saisir ces instants sans complaisance et sans rejet non plus, mais de rassembler ces éléments et d'enregistrer ces moments uniques, composantes d'une même histoire, vécue sous différents angles. C'est peut-être cela faire un documentaire : être là au moment opportun et tout faire, s'acharner envers et contre tout, pour que sa caméra enregistre ses instants là, vouer en principe à l'oubli et au silence.
lors que l'un d'entre eux, trop ému, se refuse à s'exprimer en japonais, les deux autres se pourrissent et défendent chacun leurs idées. Le paysan affirme qu'il se tient prêt, qu'il n'a pas hésité à tuer des faibles soldats japonais à l'intérieur de ses propres rangs, à coups de pelle. C'était, explique-t-il sans honte, la méthode appliquée aux jeunes froussards, à ces recrues fraîchement débarquées qui pleuraient trop leur famile et démoralisaient trop le reste des bataillons.
Au contraire, l'un des deux médecins s'en prend violemment aux horreurs de la guerre, à l'idéologie malsaine répandue par les militaires et à leur tête l'empereur, ce soit disant dieu. Avec bon sens et humanisme, il défend des valeurs que ne semblent pas approuver ces deux autres collègues, regrettant avec le regard sage du philosophe ses plus belles années, médiocrement gâchées au combat.
En recherchant l'identité japonaise, Imamura montre avec réalisme ce qui sous-tend l'ensemble des discours officiels, l'âpreté de la vérité, la douleur, la complexité de l'âme humaine tiraillée entre la barbarie, toujours prête à se déclencher et la grandeur aussi, de l'homme qui refuse parfois de se conduire abominablement. Sa force, c'est de le décortiquer avec un dispositif réduit, le tout en un minimum de plans, et avec un maximum de justesse et d'efficacité.
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