04.01.2008

Comme dans un rêve (2005) de Sono Sion

Vu ce Sono Sion à l'Etrange Festival en 2006. Pas spécialement friand de ses boucheries suicidaires Grand Guignol indigestes, j'aime plutôt son film Yume no naka e, cette salade verte entre deux steacks saignants...

 
Yume no naka e, c'est déjà une chanson de Inoue Yousui. Comme dans un rêve. Arrêtons de chercher, les paroles invitent à danser sur une mélodie pop et à partir vers une autre réalité... Mutsugoro Suzuki est un acteur de théâtre pas très connu. On lui a refilé une MST. Il essaye de découvrir avec ses potes d'enfance comment il a pu l'attrapée. Entre ses ex et ses copines d'un jour, il se perd de plus en plus et finit par ne plus trop savoir ce qu'il recherche.

A la vue du reste de son œuvre visible à l'Etrange Festival, comme le dit lui-même Sono Sion, ce film peut faire figure " de salade verte, entre deux steaks saignants... " Une pause bienvenue dans sa filmographie. Une interrogation sur le travail de l'acteur, sur la part du documentaire dans la fiction. Dès le début, Sono Sion a voulu donner une grande part au réel, à l'impression de réel du moins, qu'il répercute dans le cadre par l'utilisation de la caméra portée. Il refuse la joliesse des images, privilégie les éclairages naturels et recourt souvent au plan séquence.

Sono Sion rentre de plein fouet dans son personnage, montrant sa déchéance, son parcours quasi somnambulique, pris dans les fêtes, les saouleries avec ses collègues, les copines, lorsqu'il répète ses textes aussi. Des textes saugrenus. On hésite à qualifier cette introspection surréaliste, aux inserts proche de la science-fiction, où sont convoqués les Vénusiens. Quand suis-je devenu quelqu'un que je ne suis pas ? Ca n'a pas d'importance. J'étais plein de promesse à vingt ans. C'est la faute des Vénusiens !

Sono Sion manque de sommeil. A son image, Mutsugoro Suzuki commence à tomber de fatigue et partir dans les rêves, pas trop convaincu par sa carrière d'acteur et délaissant progressivement toutes ses conquêtes à cause de son mal. Par delà son sujet finalement grave de cet acteur qui perd pied, Comme dans un rêve a beaucoup d'humour et s'amuse de son héros principal, plein de velléités. Certaines scènes sont d'une intensité remarquable. On pense à la première engueulade, entre Mutsugoro et sa copine : ils se demandent qui à refiler à qui la maladie, qui d'entre eux à coucher avec qui. L'entourage y passe et ils se rendent compte tous les deux de leur infidélité, jusqu'à la rupture. C'est comme lorsqu'il annonce à son père (Akaji Maro) sa maladie. Le vieux n'y comprend rien, croit que c'est encore un de ses rôles et lui demande quand est-ce qu'il va tourner dans un film de la Shochiku.

Son errance le mène dans les rues puis chez une autre compagne. Il s'endort. Perdu dans plusieurs rêves, il se retrouve coincé dans une voiture avec un commando. Puis dans un autre, son père, sous une autre forme, l'interroge. Le film joue sur ses trois tableaux à la fois et développe une sorte d'hystérie qui éclate par blocs, entre absurdité et réalité. Tout le monde le persécute dans l'autre monde, ses potes surtout réagissent au quart de tour. Comme lors de la scène où son ami d'enfance lui saute dessus dans le bus avec sa petite amie. On assiste à un déchaînement de l'acteur Jô Odagiri, qui part dans les extrêmes. On se demande comment il a pu le diriger d'ailleurs tant la tension est palpable, jusqu'à l'explosion de violence.

L'énergie déployée par Sono Sion est assez fascinante et sonne comme un cri pour l'originalité et la différence. C'est un cinéma qui se tape la tête, ne fournit aucunes réponses, qui se cogne le crâne, entre questionnement, paranoïa et révolte brute. Entre déjà vu et jamais view... La fuite en avant d'un poète perdu, qui tente vainement d'engueuler l'univers.