13.08.2007

La Femme de Seisaku (1965) de Yasuzô Masumura

“Contrairement à l'homme, qui n'est qu'une ombre, la femme est un être qui existe réellement, c'est un être extrêmement libre –voilà l'érotisme tel que je le conçois." Yasuzô Masumura

 

Ayako Wakao (Okane dans le film) aime Seisaku (Takahiro Tamura dans la vie), le héros de la patrie, le glorieux militaire. La douce a enfin trouvé dans ce charmant jeune homme, l'oubli d'une relation forcée avec un vieillard, mort et enterré depuis peu. On voit d'ailleurs à l'œuvre les héritiers de l'ancêtre, préparer dignement la succession et éviter soigneusement les formalités avec Okane, soucieux qu'ils sont de préserver les apparences. Ils lui laissent le soin de déguerpir au plus vite, avec de l'argent, tout de même. Il ne faut plus qu'elle les embête. Et surtout qu'elle n'assiste pas à la cérémonie, en présence de la famille.

En quelques traits, Masumura nous convie à découvrir l'une des sociétés les plus hypocrites du monde. Les parents d'Okane meurent l'un après l'autre d'épuisement, le père de travail, la mère de chagrin. Excentrée dans le village, Okane se retrouve avec un cousin idiot, raillée par la communauté, mais son caractère va étrangement séduire Seisaku. Il brave les interdits familiaux et moraux, - on lui destinait une demoiselle bien sous tous rapports, pour rejoindre une femme déshonorée. Souvent, ils font l'amour sans mots dire. Tout est suggéré, érotique. Et bien vite, dans les plans suivants, la beauté est salopée par le caquetage des honnêtes gens. Les dialogues sont d'une cruauté concise. Lorsque Seisaku s'en va en guerre, on assiste à une explosion frontale de méchanceté, la jalousie entraînant le mépris des femmes et l'appel brutal de la chair chez les hommes, à l'égard de Okane.

Blessé, Seisaku revient. Banzaï, drapeaux, tout le monde s'agite pour revoir le brave. Guéri, il doit repartir au front. Mais Okane, désespérée par ce nouveau départ, prend les devants, et mutile les yeux de son amant. Soit l'affirmation de sa liberté, de la force de son sexe au sein d'une société mortellement répressive. Okane casse les chaînes et déclenche une mécanique atroce, celle de l'affirmation de soi, d'une femme de surcroît, dans le Japon début de siècle. Apprentissage douloureux mais néanmoins indispensable, pour celui qu'elle aime, à qui finalement et paradoxalement, elle donne la vue, en l'aveuglant...

Titre original : 清作の妻 (Seisaku no tsuma) 

監督 : 増村保造