09.06.2007

Biographie de Bong Joon-ho

Après seulement trois longs métrages, Barking dogs never bite, Memories of murder et The Host, on peut sans trop prendre de risque affirmer que Bong Joon-ho est l’un des meilleurs réalisateurs coréens actuels. D'où cette biographie.



Né en 1969, Bong rêve sur les bancs de l'école de devenir réalisateur. Sans être décidé par un film ou un réalisateur en particulier, il a surtout bénéficié d’un environnement familial doué pour les arts, entre un père, designer, et un grand-père, Park Tae-won, écrivain. Enfant, alors que peu de films étaient visibles dans les cinémas locaux, Bong se plaisait à regarder l’AFKN, une chaîne américaine pour les militaires, où il a pu découvrir et apprécier les œuvres de Frankenheimer, Friedkin, Coppola, Spielberg.

Parmi les films qui l'ont marqué, il cite volontiers Le Salaire de la peur de Henri Georges Clouzot, La Horde sauvage et Croix de fer de Sam Peckinpah, La Grande évasion et Papillon avec Steve Mc Queen.

A l’université de sociologie de Yonsei, dont il sera diplômé, il fait parti du ciné-club. Il s’intéresse alors davantage à des cinéastes comme Edward Yang et Hou Hsiao-hsien, dont il mémorise chacun des plans de leurs films, mais aussi à deux réalisateurs japonais Shohei Imamura et Kiyoshi Kurosawa, pensant que ce serait bien d'avoir de tels films en Corée.

Après avoir réalisé des films en 16 mm à l'université, Bong rentre à la Korea Academy of Film Arts, vivier de nombreux réalisateurs de talents des années 90. Il tourne Incohererence, qui traite de l'hypocrisie des intellectuels. Avec ce court, il commence à attirer l’attention des critiques. Après ses études, il participe à l'écriture de scénarios pour Motel Cactus de Park Ki-yong et Phantom the Submarine de Min Byung-chun. Sur ces films, il collabore avec son ami d'université, lui aussi réalisateur de Save the green planet : Jang Jun-hwan.

Il se consacre dès lors essentiellement au cinéma et commence à écrire ses propres scénarios. Avec Barking dogs never bite, il signe son premier long, véritable flop au box-office, seulement 70000 spectateurs en Corée mais qui séduit critiques et festivals (Hong-Kong, Buenos Aires, Tokyo, Locarno, Slamdance).

La reconnaissance vient avec le succès de Memories of Murder en 2003, film qui traite de l’histoire vraie d’un serial killer à Hwaseong. Prenant le contre-pied de Barking dogs never bite, Memories of murder change de style et illustre le talent de son réalisateur dans un tout autre genre, le film policier, dont il défie les conventions. Inspiré d’une pièce de théâtre Come to see me, il renvoie la Corée dans les années 80, plongeant le film dans l’atmosphère de l’époque, absente de l'oeuvre originale.

L’écriture du scénario, pour lequel il a fait de très longues recherches lui coute un an de travail. Il s’investit aussi de la sorte avec son équipe lors du casting. Il finalise son choix après avoir rencontré une centaine d’acteurs. Enorme succès, Memories of murder est devenu le septième plus gros hit de l’histoire du cinéma coréen.

Après de tels efforts, Bong prend du recul et se consacre à des projets de moindre envergure. Il tourne un clip musical et l’un des trois films numériques commandés par le festival de Jeonju en Corée, intitulé Influenza. A cette occasion, il a comme partenaires le Japonais Sogo Ishii et le Chinois Yu Lik-wai. Construit à partir d’images de vidéosurveillance de métro et de banque, le film de Bong explore le déviance vers la violence d’un citoyen ordinaire.

Son troisième film The Host concrétise un rêve de jeunesse, puisqu’il a imaginé ce projet depuis 18 ans : "je me suis fait la promesse que si je devenais réalisateur, je tournerai un film avec un monstre apparaissant sur la rivière Han, monstre qui s’attaquerait aux passants." Explorant les contractions de la société coréenne contemporaine à travers la science-fiction, Bong a su convaincre les critiques et le public, remportant le plus grand succès de tous les temps en Corée.
Polyvalent, Bong Joon-ho parvient à concilier une veine populaire et un talent novateur.
 
S.B.