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07.07.2008

Rencontre avec Hideo Nakata

Bon ça date d'accord, recyclage encore. Cet entretien date de 2005. Feu Etrange Festival, feu aussi le reste. On y parle un peu de Konuma, Konuma dont on pourra voir bientôt Hana to Hebi, en salles.

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Qu’avez-vous appris à la Nikkatsu en tant qu’assistant réalisateur ?

J’ai beaucoup appris. Bien sûr je voulais devenir réalisateur mais j’ai aimé le travail d’assistant en tant que tel. J’ai travaillé avec Konuma sur trois de ses films. Il est de ces réalisateurs qui veulent tirer le meilleur de leurs acteurs et de leur équipe. De temps en temps, il était très agressif avec l’équipe, spécialement avec les assistants. On devait toujours faire en sorte d’améliorer chacune des séquences, et il y veillait constamment. Il était très exigent avec tout le monde et avec lui-même. Désormais, le plus important pour moi, bien que j’intéresse évidemment à l’aspect visuel d’un film, est d’avoir la meilleure performance possible des acteurs. Cela, je le dois à mon  expérience avec Konuma.
 
Vous semblez intéressé davantage par les cinéastes de genres, comme Konuma ou Nakagawa, pas tellement par les classiques ou la nouvelle vague japonaise ?
 
Ozu, Mizoguchi,… ce sont des géants. J’ai vu leurs films. Mais cela vient de ma personnalité. Je ne me considère pas vraiment comme un réalisateur « artistique ». Disons pour faire simple, qu’il y a deux courants le mainstream, et le reste, la marge, avec des réalisateurs de roman-porno ou de films de fantômes. J’aime les deux en tant que cinéphile, mais j’ai plus d’affinités avec les seconds. Il faut être intelligent pour se débrouiller avec des budgets limités et de fortes contraintes de temps. Je ne sais pas ce que je peux apprendre de géants comme Ozu, les films de ces réalisateurs sont des chefs d’œuvres classiques, inatteignables.
 
A l’époque ou j’ai commencé, seul Kurosawa était encore vivant. Quand Nakagawa est mort, je lui ai rendu hommage en organisant une projection et pour cette raison aussi, je me sens plus proche de lui. Comme Tai Katô, je ne peux que les mettre parmi mes réalisateurs préférés. Quant aux cinéastes contemporains, je n’ai pas tellement de liens avec eux.
 
Pour cette carte blanche de l’Etrange Festival, ce sont les réalisateurs qui sont à l’honneur. Mais quels sont les acteurs et actrices, et les techniciens dont vous appréciez le travail ?
 
Il y en a beaucoup ! Je vais présenter le film de Max Ophüls Lettre d’une inconnue. Si je devais citer le nom d’une seule actrice, je dirais Joan Fontaine. Ce n’est pas qu’elle soit spécialement sexy ou attrayante. Dans Rebecca, ou Suspicion, elle semble vulnérable. En même temps, chaque fois qu’elle doit être positive ou agressive, elle l’est profondément. J’adore voir, comme je l’ai écrit dans la brochure pour le festival, les actrices exprimer des émotions extrêmes, de la détresse jusqu’à la confiance. En ce qui concerne les actrices actuelles, je dirais Jennifer Connelly, qu’on peut voir dans Dark Water. Je serais très content de pouvoir travailler avec elle.
Pour les techniciens, j’ai une équipe qui me suit au Japon. A Hollywood, il y en a beaucoup avec qui j’aimerais travailler. Pour mon futur projet The Eye, si toutefois le studio est d’accord, on devrait avoir le précédent directeur de la photographie de Clint Eastwood, Jack Green.


Quelles sont vos influences artistiques et musicales ?

Je fais des films d’horreur et il faut veiller à ces moments particuliers entre l’intensité et le calme d’une situation. C’est une sorte de courbe qu’il faut manipuler avec attention. Quand je lis un scénario ou fais du montage, je pense avant tout à la musique, au rythme que l’on peut donner au film. J’écoute principalement de la musique classique et du jazz. Quant à la peinture, j’étais en Europe il y a quelques années et j’ai visité des musées. J’aime essentiellement Vermeer et le peintre de la renaissance italienne Filippo Lippi. Mais je ne sais pas si ils ont eu une réelle influence sur moi… (rires). Peut-être.
 
J’aime dans vos films le soin apporté aux couleurs et surtout l’usage des ombres, qui sont je pense l’une des spécialités de cinéastes comme Nakagawa ou Misumi, voire du cinéma japonais en général
 
A l’époque, ils utilisaient de très forts éclairages, souvent des éclairages soignés pour mettre en valeur tel ou tel aspect d’une scène. Mon directeur de la photographie sur Ring et Dark Water, Junichiro Hayashi, vient peut-être de la vieille école. Il était lui aussi très soigneux dans l’utilisation des ombres, c’est sûr. Il faisait toujours très attention à cela : comment montrer l’ombre ? Jack Green était aussi impressionné sur cet aspect quand il a vu Ring. Je ne décide pas en détail de ces questions là, même si je leur soumets quelques idées, si je leur montre des peintures. Pour cela, je dois remercier les directeurs de la photographie avec lesquels j’ai travaillé.
 
Peu de réalisateurs japonais essaient de réussir aux Etats-Unis, excepté Shimizu et vous ? Etes-vous toujours fasciné par Hollywood ?
 
Je ne suis plus tellement fasciné par Hollywood… Roy Lee est la personne qui m’a introduite à Hollywood, producteur exécutif de The Ring, Dark Water et de The Grudge. Bien sûr j’étais fasciné par Hollywood en tant que cinéphile, mais pas tellement intéressé pour y travailler. J’ai été présenté à ces gens et j’ai passé beaucoup de temps ici. Je voudrais au moins parvenir à faire quelque chose. Après trois ans passés ici, je ne voudrais pas regarder en arrière et me dire que je n’ai rien fait du tout. C’est un peu la même chose avec les Japonais, mais encore pire ici, ils essaient de me mettre dans une boite minuscule : le film d’horreur. Alors que je voudrais faire aussi des roman-porno comme Konuma ou des mélodrames comme Ophüls. Je lutte toujours pour trouver une autre voie.

Le pire à Hollywood, c’est que je ne peux contrôler mon temps. Au Japon, une fois que je suis engagé pour un projet, je peux faire des prévisions, m’organiser. A Hollywood, les budgets sont énormes, en conséquence de quoi, vous ne pouvez rien dire, même si rien n’avance. C’est frustrant.

Qu’en est-il du projet The Entity ?

Je crois qu’on doit trouver un scénariste. C’est toujours en cours de développement…

The Eye ?

On attend le feu vert des studios et des acteurs. Le studio est sur le point de prendre une décision : savoir si on le fait ou pas.

Vous allez rentrer au Japon ?

Après The Eye, si cela se fait ou pas, je vais rentrer au Japon pour filmer une histoire traditionnelle de fantômes, dont on a écrit le scénario il y a deux ans. On a un excellent acteur de kabuki intéressé par le rôle.

Reviendrez vous à Hollywood ?

Idéalement, j’aimerais travailler dans les deux pays. Alors peut-être… si bien sûr je ne dois pas encore attendre trop longtemps.

Entretien réalisé à l’occasion de la Carte Blanche de L’Etrange Festival à Hideo Nakata, le 9 septembre 2005 à Paris.

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