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08.06.2008

JCVD

C'est une question de méthode !
 
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«Pour sauver l'économie, il faut acheter, acheter n'importe quoi.» Général Eisenhower

Aux halles, on peut voir beaucoup de gens passer sacs à la main en faisant la gueule, avec leurs objets achetés. C'est comme à Noël, on achète en faisant la gueule. Noël toute l'année. On fait la gueule mais faut acheter bordel, pour remplir le vide de sa fin de semaine après avoir travailler comme des crétins pour acheter, acheter, n'importe quoi. Ca nous rassure. Ca calme nos angoisses. Ou alors autre solution, on peut aller au cinématographe débrancher et rendre son cerveau disponible.

Rebranché la télévision récemment, pour le football dopé et boire des bières devant. Terrible. Comment ne pas être tétanisé par la litanie de ces faits divers cruels et ces attentats qu'on énonce sans aucune profondeur, sans aucun recul, simplifier systématiquement la complexité des situations des hommes et du monde ? Quel intérêt, quelles conséquences ? On pourra se calmer avec les produits qu'on va nous proposer pendant les spots. Et pour ceux qui aiment le football dopé, les marques clignotent aux abords des stades.

Vendredi séance à 18 heures à l'UGC. En haut, les caisses ont disparu, remplacées par des machines. On devient son propre caissier.

Près de l'UGC, de quoi peut-on se nourrir ? Starbucks, Ben & Jerrys à proximité.
 
25 minutes de réclame avant le film. Ca compte quand même, avant 1H36. Au cinéma, on est totalement attentif, disposé à absorber le package qu'on va nous proposer. Ecran immense lumineux dans le noir.
 
"Pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible."
 
Au menu, Sony Ericsson, Oasis, SFR, Ben et Jerrys (on pourra y aller tout de suite après), Red Bull, Armée de terre, Bouygues... "On partage plus que du cinéma", - tu m'étonnes. Un mec remonte avec son pot en carton taille XXL de Coca.

JCVD, donc. Bon film. C'est un film français ? Tu veux dire qu'on peut encore faire des films comme ça ? Ca doit être belge, non, plutôt ou en partie ça peut pas être que français. JCVD s'était fait Ardissonner, on invite les ringards à la TV et on les allume et on les rebranche, il se fait Tarantinner maintenant, il devient cool après avoir été ringard. C'est cool d'en parler, ça doit être cool d'en faire des articles. Après il devrait soit rester cool, difficile, soit redescendre. Travolta, et surtout Pam Grier sont vite redescendus après leur nouvelle phase "in", non ?

Le film de Mabrouk El Mechri voue quoiqu'il en soit une grande admiration à son personnage. On le voit dans le regard qu'il lui porte et dans l'image qu'il renvoie. Il filme à la fois sa dimension pathétique, sa ruine, et sa grandeur, la grandeur du rêve qu'il a su lui procurer gamin. Trois scènes très fortes ressortent, scotchent, la scène du film d'action (HK, Direct To Video), la scène de la sortie de la banque avec les otages où, là, gros clin d'oeil. Inconsciemment : on attendait comme des cons de revoir ce geste. La délivrance. Et puis, il y aussi cette confession, la confession en plan séquence qui m'a fait pensé à Imamura, Ningen Johatsu (on voit le dispositif), ici élévation de l'homme, genre Tarko, Andrey Rublyov la caméra se lève soudainement dans les airs, Godard, Matsumoto. Ca a beaucoup de gueule, interrompre, faire une pause, prendre le temps d'expliquer, regard caméra.

Buriné. Fatigué. Mais beau le Van Damme. D'ailleurs, le réalisateur aime ses acteurs, tous ses acteurs ceux au premier et au second plan, il leur laisse une chance, les laisse vivre. Beaucoup sont intéressants, la chauffeuse de taxi, les deux gars du video-club, le commissaire, et les gangsters. Il y a notamment ce nerveux, Zinedine Soualem, le chef, sorte de Robert Duvall avec des cheveux, et un autre plus tendre (Karim Belkhadra) qui, comme un ado s'amuse avec son idole, prêt à tout pour défendre l'acteur, et au delà le geste, le rêve.

Puissant en terme d'action, de nerfs, de drame, de rides et de pleurs, de comédie, de rires, avec une forte dose de mise en scène, il y a un FILM là, à voir. Et sans aucun doute un REALISATEUR avec DES IDEES.



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