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19.11.2007
Le Murmure des dieux (2005) de Tatsushi Omori
Je crois que j'aurais dû nommer la section article, section recyclage... En même temps, ce film est sorti en dvd.

Sang et tripes. Scandale à Locarno l'année dernière, produit par le génial Arato, baptisé par le pape du cinéma japonais Donald Richie, Le Murmure des dieux, de Tatsushi Omori arrive en France tout auréolé de souffre.Objet rare, à ne pas mettre entre tous les regards, ce premier film du jeune réalisateur japonais, sans être le chef d'oeuvre annoncé, appuie là où ça vraiment très mal.
C'est un long enchaînement presque ininterrompu de scènes provocantes sur le thème de la folie, du désir, de la sexualité, de la souillure, de la souffrance, de la religion. On vous aura prévenu. Et Omori de faire des plans magnifiques sur le corps meurtri de Rô, presque mort, qui relache ses dernières pulsions, héritées d'un passé tourmenté. Rô, interprété par Hirofumi Arai, à l'évidence a dû passer de sales moments dans ce couvent, lieu sur lequel il revient, après errance, après être passé à l'acte et avoir tué deux personnes. Là exercent quelques pères dépravés, qui s'empressent, religion catholique aidant, de pardonner et surtout de se pardonner l'ensemble de leurs péchés.
En principe impossible à mettre en image, le roman de Mangetsu Hanamura Gerumaniumu no yoru, prix Akutagawa, plus grande distinction littéraire au Japon, fait l'objet d'une adaptation qui a laissé de côté la confession du personnage principal, pour se concentrer sur l'énoncé froid d'une démence. Omori met en lumière tout ce qu'on peut imaginer sur le sujet et illustre la nature forcément pécheresse d'être et de corps qui vont contre leur nature, renient la vie même, et se ravagent les uns les autres.
Quelques siècles auparavant, le génial Diderot avait déjà révélé dans le roman sublime La Religieuse, laborieusement adapté par le soporifique Rivette, les sombres recoins de la religion catholique et de ses couvents, l'inavouable et immontrable chemin du désir, prisonnier de la morale. En s'intéressant davantage au masculin, le film choque davantage, et renvoit une réponse du cinéma à l'actualité souvent dramatique égrénée par les journaux, dans leurs pages procès.
Sans doute nous n'aurions jamais pu ici faire un tel film. Au Japon, la sexualité et la violence ne heurtant plus personne, pas de problème. Mais en Europe, en terre en partie catholique, montrer une telle réalité a de quoi martyriser les fidèles curieux qui auraient l'audace d'aller le voir. Par ailleurs, on est là aussi loin de l'image souvent véhiculée par le Japon, colorée et rigolote, pays le plus kawai de la planète.
Au lieu de cela, sans opter pour le noir et blanc, Omori et Otsuka, son chef opérateur, ont délavé les couleurs. Elles sont revenues à leur plus simple état, comme pour aller davantage flirter avec le champ des connotations religieuses, jeu entre les démons et la pureté, dans ce paysage enneigé sans horizon. Cela leur permet de détruire la morale, en tout cas de la brouiller, de la plonger dans la fange épaisse de la réalité. De belles représentations christiques, du faste des cérémonies, on passe à de plus salissantes vérités assénées à l'homme.
Le traumatisme est à l'oeuvre et Rô ne sait comment vivre dans les normes, à défaut de se soigner. Il dévie en tous sens, expérimente et répand toutes les formes de souillures, sperme, crachat, sang, merde, boue dans cet univers faussement blanc.
Rô est perdu et ne trouve rien d'autres que de passer par la vengeance crue, non point le pardon intenable, pour exprimer sa souffrance. Seules peut-être les femmes lui redonnent un peu d'humanité. Malgré tout, Rô, à l'image de cet endroit si corrompu, semble vouer à rester cloîtrer jusqu'à sa perte, au milieu de ses êtres qui lui ressemblent et renaissent de la même manière, indéfiniment, car subissant le même type d'éducation morbide. Pestiféré, le cinéma d'Omori contient bel et bien les germes prometteurs d'une fleur du mal. Ce serait dommage de passer à côté...
06:35 Publié dans Articles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Cinéma japonais, Tatsushi Omori, le murmure des dieux, Gerumaniumu no yoru



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