26.10.2007

La brute revient au pays natal (1973) de Shohei Imamura

Dans cet épisode, Imamura propose à Fujita, l'un des soldats qui l'a rencontré en Thaïlande et qui est devenu son ami, de revenir au Japon pour revoir sa famille, 30 ans après son départ...
 

Baptisé la Brute par Imamura en raison de sa violence, le voilà filmé auprès de ses proches à Nagasaki, sa ville d'origine. Il retrouve sa soeur ; battue par un mari alcoolique, elle l'a quitté pour vivre seule avec ses enfants. Le film prend alors une tournure surprenante à la fois ubuesque et kafkaïenne. Fujita révèle qu'il a attendu treize an avant de reprendre contact avec le Japon comme l'indiquait la procédure délivrée par les autorités militaires. Il attendait la prochaine phase du plan, celle où l'armée reviendrait en force, prendre une sa revanche. Sans réponse.

A Nagasaki, Fujita est obligé de mener à son tour l'enquête, chose curieuse, puisqu'il s'agit pour lui de démasquer celui qui l'a fait mourir dans un rapport. Car, en effet, sa famille et ses amis avait célébré ses funérailles, l'urne vide, en ayant au préalable reconstruit l'histoire de sa disparition, qui semble-t-il arrangeait tout le monde. Imamura, avec une économie de moyens remarquable montre de quelle façon cet ancien soldat doit subir le Japon contemporain, dominé par l'argent et des valeurs dont il était loin d'imaginer la main mise sur le pays dans son ensemble. La désillusion est terrible pour ceux qu'on appelle "Les Rejetés", exclus par leur famille et par leur patrie, par l'empereur, qui les a fait crever loin de chez eux. Tout cela pour quoi ? Une médaille et un changement de grade dans la hiérarchie militaire ; ou pour entendre que le Palais impérial a été refait pour des sommes colossales, pour des miliards, ce que le haut parleur diffuse lors de sa visite à Tokyo.

Face à son histoire et à la transformation de son drame personnel dans le registre de la mairie, tout le monde rejette sa responsabilité. Personne ne veut assumer. Dans une scène d'une rare intensité, on le voit confronté à son frère ainé et à son ami, qui ne disent rien devant cet homme devenu si génant. Ils ne souhaitent que le revoir partir dans son pays d'adoption. Lui aussi, d'ailleurs, pour retrouver calme et tranquilité.

Imamura plonge dans le drame de la guerre, qui répand encore ses miasmes une fois terminée. Se focalisant sur eux, il montre aussi d'autres aspects de la réalité, celle de leur famille restée au pays et celle des autres soldats qui sont rentrés. Il dépasse le simple aspect sociologique, pourtant très bien étudié au sein de ses familles rongées par l'alcoolisme, la violence conjugale, pour atteindre à l'essence de l'homme et capter ces moments intimes avec délicatesse. Ainsi, Fujita, ce boucher brutal, n'est pas seulement réduit à son état de soldat solide ; Imamura démasque aussi son entière fragilité sans pour autant verser dans la complaisance.

Difficile de faire démonstration plus réussie sur la condition de soldat, même si la toute-puissance du cinéaste sur les événements qu'il saisit a quelque chose d'effrayant. A travers ses trois premiers épisodes de la série, Imamura rend un bel hommage à ces indésirables, qui, paradoxalement se sont battus avec vaillance sans toutefois être considérés d'une autre façon que comme des lâches.
 
Au delà des soldats, c'est la comédie et la tragédie humaine, qu'Imamura dévoile avec une précision de scientifique et la malice qu'on lui connait, avec cette faculté particulière, qui lui fait placer sa caméra à l'instant propice où la vérité se révèle à nous, sur des sujets qui nous concernent, tous, aujourd'hui encore, toujours, comme il y a trente ans. A défaut de solutionner la guerre et son cortège de souffrances, de tortures et de profondes solitudes, Imamura, en immense cinéaste, tente modestement de nous les faire entendre et comprendre.

Commentaires

Est-il possible de voir ces documentaires à Paris?
Merci.

Ecrit par : Alban | 29.10.2007

Je crains malheureusement que ces films ne soient invisibles pour l'instant. Ils sont passés l'année dernière pour le festival Kinotayo devant des salles (presque) vides...

Ecrit par : Tampopo | 29.10.2007

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