25.10.2007

En suivant ces soldats qui ne sont pas revenus : La Malaisie (1971) de Shohei Imamura

"La patrie, c'est de la glu". Cioran
 

Imamura est grand, même dans ses petits films. Ceux là sont des chefs d'oeuvre. De quoi tordre définitivement l'idée que les oeuvres télévisées sont inférieures aux films de cinéma.

Dans la tourmente des années 70, période des plus noires pour nombres de cinéastes japonais, en raison de la baisse de la production, Imamura trouve avec cette série de documentaires télévisés tourné dans un très beau 16mm couleur, l'occasion de poursuivre sa critique de la société ainsi que sa recherche de la vérité. Ces films sont sublimes, terriblement émouvants ; destinés originellement au petit écran, ils n'en demeurent que plus attachants, du fait de leur rareté, et, aussi, de leur statut de petites pépites perdues dans la filmographie du maître ; enfin, surtout de par leur sujet, qui, je pèse mes mots, est bouleversant.

En quête de la véritable identité japonaise, non pas l'officielle, la pure inscrite dans le marbre des livres d'histoire, Imamura part à la rencontre d'hommes, de ces soldats qui ont lutté lors de la Seconde Guerre Mondiale et sacrifié leur jeunesse pour un pays dont la situation actuelle, dominée par le règne de la cupidité pourrait fortement les étonner.
En tentant de retrouver d'éventuels survivants, Imamura entre de plein fouet dans les pages oubliées ou effacées de ce drame collectif, qui a conduit des êtres humains ordinaires à se rendre sur un autre continent pour soit-disant protéger leur patrie, et pour quelquefois perpétrer des crimes.

Il se rend ici en Malaisie, interroger l'Histoire, la façon dont on peut la reconstituer et la façon aussi dont on peut faire un film sur des sujets si douloureux. Non sans humour, le voilà en difficulté, qui passe d'une rue à une autre, galérant, errant de villes en villages, de boutiques en troquets, à la recherche de maigres indices.
Difficile de retrouver la trace de ce passé puisque les anciens vainqueurs ont été chassés par de nouveaux maîtres à leur tour recouverts par les cendres du temps. Les Britanniques ont ainsi brûlé les hameaux communistes ; les Indiens ont alors remplacé les Chinois. Que restent-ils des Japonais qui sont venus défendre la gloire de l'Empereur et l'honneur de la patrie ?

Il tombe finalement sur Shigeru Yano qui s'est sauvé de son drame personnel, à la fois rejeté par son pays et détesté par les autochtones, en embrassant la religion islamique. Elle lui a donné outre un nouveau nom, une nouvelle identité, une nouvelle raison de vivre. Il s'appelle désormais Mohamed Ali, et s'est marié avec une fille d'ici. Il ne rêve que d'une seule chose, faire son pélerinage à la Mecque, façon pour lui de rompre totalement avec son ancienne existence de sujet de l'Empereur, autre dieu, lui bien vivant. Résolument critique à l'égard des moeurs selon lui dépravés de son pays, dominé par l'argent, il s'attend au pire et ne compte pour rien au monde prendre le chemin du retour.

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