12.06.2007

Funky forest (2005) de Katsuhito Ishii

Funky forest est vraiment très con. Et quand c’est très con, c’est parfois très bon. Miam, Miam !

Peut-être trouvera-t-il distributeur suffisamment taré pour sortir en France ? On en doute, on l'a même pas vu en festival alors ruez-vous comme d'habitude sur le dvd... Cinéaste justement de festival, on a découvert son Taste of tea en France grâce à la Quinzaine des réalisateurs, Katsuhito Ishii est l'un des trois cinéastes à l'origine de ce projet farfelu, accoutrés pour l'occasion avec les dénommés Miki (Shunichiro Miki) et Aniki (Hajime Ishijime). Ils se sont connus tous les trois à l'université des Beaux-Arts de Musashino à Tokyo, avant de faire leurs armes dans la publicité. Aniki avait déjà travaillé sur la musique de The Taste of tea ; mais Funky forest est leur première œuvre cinématographique véritable, ensemble.

 

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Il s'agissait avant tout pour eux de créer des histoires vraiment originales et non pas issues de manga ou de roman comme c'est souvent le cas. Ils ont donné un nom à leur groupe : la Nice no mori, la forêt funky, du même nom que le film. Inqualifiable, insaisissable, tel est le résultat de leurs folles expérimentations, à la fois cinéma de maintenant et celui de demain, gloubiboulga de formes d'art traditionnel et pot pourri d'aujourd'hui, c'est ce tout, improbable, qu'ils passent à la yaourtière.

Bref, de quoi faire pleurer et râler à en crever les nuages tous les périmés qui ne croiront jamais à une nécessaire contamination des nouvelles images, seule capable de rénover la moribonde pellicule. La mort du cinéma arrange ces cuistres friands d'enterrement. Mais, ils crèveront sans lui, puisqu'il y aura toujours des fous, comme ces trois tarés, qui éviteront les questions creuses, et concentreront leurs nobles efforts sur la création, l'inventivité pure.

Pub, clip, animé, karaoké, installation, spectacle de danse, émission de télé = cinéma.
Etonnante équation, non ? Ben si, vous verrez, tout fonctionne. Surtout lorsque, comme c'est le cas, notre bien-aimé septième art est traversé par autant d'humour dévastateur et de non-sens salvateur.

Ca commence par du manzaï, cet exercice comique dialogué entre deux comédiens, délice des téléspectateurs nippons, ça se met des perruques, voilà que ça gueule, que ça crie, que ça applaudit et que tout ça part ensuite dans l'espace, rejoindre le cosmos lacté. Comme si, une fois la salle chauffée, ils pouvaient lancer leur grand spectacle, leur foire aux images. Un nombre incalculables d'histoires s'entrechoquent, se répètent, s'interrompent pour reprendre plus tard, - désordre de potaches, potaches que les réalisateurs sont, de toute évidence, restés.

Mais sachez qu'au départ, le récit est simple, centré sur trois trois frères célibataires, Katsuichi, Masaru et Masao, tous trois à la recherche de petites amies. Aussi bûchent-ils comme des malades pour tenter de séduire les filles, chacun dans leur domaine de prédilection. L'un bosse sa danse traditionnelle, le maï, tandis que l'autre s'acharne à trouver paroles et musiques que lui seul trouve géniales sur sa guitare ; le dernier, lui, étudie, en se gavant de chocolats ; c'est le plus jeune, on lui pardonne.

Un jour, à l'auberge, alors que Katsuichi profite des sources thermales, il rencontre trois nanas. Il tombe amoureux de l'une d'entre elles, Niko, à qui il va proposer un pique-nique de célibataires, après une partie de ping-pong survoltée. C'est l'événement de l'année pour ces âmes esseulées. Tous ces collègues sont présents, fringants, ceux du lycée où il enseigne, ainsi que ses deux frères. Chacun a longuement travaillé ses atouts, bien décidé à se mettre en valeur et à en faire succomber au moins une.

Cette histoire sage, de ces trames qui pullulent dans les films pour ados nippons, et bonnes à assommer n'importe quel passionné de cinéma japonais qui se tape en général pas mal de films pour essayer de trouver une pépite, le trio infernal en a démonté l'ossature, pour l'éclater et la recomposer en un puzzle, dont le public aura bien des difficultés à y remettre un ordre quelconque. Bon courage à ceux qui veulent compter le nombre de saynètes pittoresques de ce joyeux foutoir !

Le seul lien, pourrait-on dire, est celui de l'imagination. Quel autre rapport entre la petite Maya qui lutte en combinaison dans le Cosmos blanc, les Guitar Brothers qui s'entraînent pour draguer, Notti et Takefumi qui rêvassent, les cours de Katsuichi avec en arrière fond le dégénéré Texaco Leather Man ? Il est aussi question d'extraterrestres avec qui on peut jouer de la musique en se les enfonçant dans les orifices, de The Volume qui improvise un concert dans le rêve de Notti avec un bonze en pèlerinage, du chien Peko réalisateur d'animés qui a besoin d'un traducteur humain pour pouvoir exprimer son génie.
Somme toute, bref, enfin, donc, il leur faut sauver la planète Pico-Rico.

Pour cette noble tâche, Funky forest fait appel à des recettes dignes des plus scabreuses comédies cantonaises, liquides marron, frottage d'appendice, inspection d'hémorroïdes géantes, accouchement de poupées minuscules, toutes ces choses qui en général limite drastiquement l'importation vers nos ringards festivals franchouillards, bien pensant et surtout, mal pensés. Ah ! Non ! Pas de cerisiers en fleur, ici. Pas de geishas non plus, ni même de ballets charcutiers sanguinolents.

Au sein de ce film choral, il y a surtout une bande de potes, de Katsuichi (Susumu Terajima), super drôle chorégraphie, à Masaru (Tadanobu Asano) en guitar hero à la ramasse sur sa gratte sèche avec ses chansons pourries accompagné du petit rondouillard Masao (Andrew) trouvé dans un chou. Rajouter Takefumi (Ryô Kase), prof d'anglais et surtout DJ, qui cauchemarde en dansant ; un prof de gym aux tétons gigantesques et inégaux (Tsuda Kanji) ; la très jolie Notti (Erika Saimon) qui fait son footing et tripe sur les arbres ; le mangaka (Hideaki Anno en special guest, réalisateur de Cutie honey) qui est encore au lycée dans la même classe que Mademoiselle Hataru (Maya Sakano), et vous n'aurez pas le compte, parce qu'il y a plein de surprises, comme certains des réalisateurs du film qui se glissent dans les séquences.

On retrouve plein de gags en héritage, dirait-on, de Takeshi Kitano. La brèche burlesque, c'est lui qui l'a ouverte en grand, qui s'est fait plaisir en invitant les numéros et les gens qui l'aiment à l'écran. Ce qui stimule nos trois compères n'est jamais un frein, c'est un appel à la curiosité et au partage, une célébration de la rencontre de différentes disciplines autour de cet art fédérateur, le cinéma. Ils ont ainsi réussi à intégrer ce danseur magnifique, Kaiji Moriyama, que l'on pouvait déjà voir déjà dans The Taste of Tea ; des comédiens rigolo déguisés comme des peluches ; de jeunes acteurs branchés qui mixent lounge dans la forêt ou dans la salle à manger.

Funky forest utilise habilement maintes formes visuelles d'aujourd'hui et les mélange pour donner naissance à une belle inconnue, fourre-tout nonsensique d'images télévisées, pubeuses, animées, clipeuses. On croirait assister à un mix, avec d'ailleurs un interlude de quelques minutes en plein milieu du film, Toshio Matsumoto, histoire de changer la face du vinyle. Ils laissent d'ailleurs parfois la musique envahir le film, se laissent aller comme ils le feraient avachis et beaux dans un bar branchouille lounge.

Dans ses parties rêvées Funky forest fait penser à une installation, où les éléments qui composent le décor sont placés avec une vraie finalité esthétique, et où de curieuses sensations s'emparent du spectateur, assez inhabituelles au cinéma. A ce titre, le travail fait conjointement sur la musique et la direction artistique est remarquable (Shinji Inoue pour les décors ; Ikuko Utsunomiya, Party 7, Shark skin man, Survive style 5 +)

Plus qu'un animé, un clip, une pub, un spectacle de danse, une émission de télé, un karaoké, une installation entre potes, limites qu'ils ont dépassées, cette forêt funky est surtout l'une des plus belles propositions cinématographiques qu'il nous aie été donné de voir cette année.

S.B. 

Titre original : ナイスの森 (Naisu no mori)

Commentaires

Yeah... vive le cinéma vive Tampopo...

Ecrit par : Jano | 12.06.2007

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